Comment je choisis mes fournisseurs

Comment je choisis mes fournisseurs

« Où trouvez-vous vos ingrédients ? » La question revient souvent, et la réponse attendue serait sans doute un discours sur la sélection rigoureuse et les partenariats d'exception.

La vérité est plus simple, et plus inégale selon les postes. Sur certains, je sais exactement d'où vient ce que j'utilise. Sur d'autres, je fais encore des compromis que je n'aime pas.

Le karité : je n'ai pas eu à le chercher

J'ai grandi au Burkina Faso et je suis arrivée en France après le bac. Le karité n'est pas un ingrédient que j'ai découvert en montant une marque : c'est un produit du quotidien, celui de ma grand-mère et de ma mère.

Enfant, j'accompagnais ma mère le week-end quand elle allait visiter les coopératives. On regardait, on apprenait, on achetait. Ce n'était pas une visite professionnelle, c'était une sortie de week-end et c'est comme ça que j'ai vu comment on ramasse les noix, comment on les torréfie, comment on baratte le beurre à la main pendant des heures.

Quand j'ai commencé à formuler, je n'ai donc pas cherché un fournisseur sur un annuaire. J'ai repris des contacts qui existaient déjà.

Pourquoi des coopératives, et pourquoi la transformation sur place

Le karité peut s'acheter de deux façons. Soit on achète des amandes brutes exportées et transformées ailleurs, soit on achète un beurre transformé localement.

La différence n'est pas seulement technique. Quand la transformation part à l'étranger, la valeur ajoutée part avec elle : le village vend une matière première à bas prix et rachète un produit fini. Quand elle reste sur place, l'argent reste aussi.

Les coopératives avec lesquelles je travaille sont composées de femmes qui réalisent toute la chaîne. Beaucoup sont veuves, mères célibataires, mères très jeunes, ou femmes au foyer sans autre source de revenu. Ce travail leur permet de rester chez elles plutôt que de partir vers les villes.

L'exode rural n'est pas une abstraction dans ces régions. C'est ce qui arrive quand le travail local ne nourrit plus.

Ce que je regarde à la réception

L'odeur, d'abord. Un karité brut sent la noix, franchement, un peu fumé. Un beurre parfaitement blanc et inodore a subi beaucoup de transformations nous détaillons ce point dans cet article.

La couleur ensuite, qui varie d'un lot à l'autre selon la récolte. C'est normal, et c'est plutôt rassurant : un produit rigoureusement identique d'une année sur l'autre a été standardisé.

Les contenants : le compromis que je n'ai pas encore résolu

Ici, je suis moins fière, et autant le dire.

Mes pots, flacons et pompes viennent d'Europe. C'est le circuit le plus court auquel j'ai accès, et il limite le transport par rapport à une commande en Asie ce qui reste la norme dans le secteur, y compris chez beaucoup de marques qui se présentent comme locales.

Je cherche encore des fournisseurs français. Le problème n'est pas de les trouver, il est de payer leurs tarifs.

Un fabricant français travaille pour des clients qui commandent par dizaines de milliers d'unités. Quand vous en demandez cent, soit on vous répond que le minimum n'est pas atteint, soit le prix unitaire double. À mon échelle, un pot revient déjà à plusieurs euros ; le passer au fabricant français reviendrait à augmenter mes prix de plusieurs euros par produit.

Je continue à sourcer. Ce n'est pas résolu.

Mes trois critères, quand il faut trancher

1. Pouvoir nommer l'origine

Si un fournisseur ne peut pas me dire d'où vient une matière et comment elle a été obtenue, je ne l'utilise pas. Ce n'est pas un principe moral, c'est du bon sens : je ne peux pas répondre à une cliente si je ne sais pas moi-même.

2. La régularité plutôt que le prix

Un fournisseur moins cher mais dont la qualité varie d'un lot à l'autre m'oblige à réajuster mes formules à chaque commande. À mon échelle, ce temps coûte plus cher que l'économie réalisée.

3. La possibilité de commander petit

C'est le critère le plus contraignant, et il élimine beaucoup d'options. Un artisan n'a pas la trésorerie pour immobiliser des centaines de kilos. Il faut donc trouver des intermédiaires qui acceptent de fractionner et qui prennent leur marge au passage.

C'est l'une des raisons pour lesquelles un cosmétique artisanal coûte plus cher, comme je l'explique dans cet article.

Ce que je ne fais pas

Je ne prétends pas que tout est parfait. Mes contenants viennent d'Europe et pas de France. Certains actifs, comme la niacinamide, sont produits industriellement c'est le cas de toutes les niacinamides du marché, y compris celles des marques qui n'en parlent pas.

Je préfère le dire plutôt que d'entretenir un flou. Une marque qui n'a que des qualités et aucune contrainte devrait éveiller votre méfiance : fabriquer impose des arbitrages, et les assumer est le seul moyen d'être cru sur le reste.

À retenir

Mon karité vient de coopératives burkinabès que je connais parce que j'y allais avec ma mère. Mes contenants viennent d'Europe, faute de pouvoir payer le français aux volumes qui sont les miens.

Si l'origine vous importe quand vous achetez un soin, la bonne question à poser à une marque n'est pas « est-ce que c'est naturel ». C'est « d'où ça vient, et qui l'a fabriqué ». Les réponses évasives sont des réponses.